PCF Vincente Sabatié
mercredi 30 juin 2010, 14:30
Par
PCF Tarn et Garonne
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Vincente Sabatié, réfugiée politique espagnole avait 20 ans quand elle a commencé à travailler dans la commune.
Un ultime adieu, un hommage sera rendu à la mémoire de Vincente
Sabatié, qui s'est éteinte le 27 juin, lors d'une cérémonie civile ce
mercredi 30 juin à 11h au cimetière du hameau de Saint-Aureil où elle
sera inhumée dans le caveau familial.
Le hameau de Saint-Aureil se situe sur la commune de
Castelnau-Montratier (à 5 kilomètres environ du bourg de Castelnau en
prenant la route (la direction) de Moissac). Vincente, s'est éteinte à
l'hôpital de Montauban où elle avait été admise à deux reprises ces
dernières semaines. Elle y aura reçu la visite assidue de ses proches,
en particulier de ses filles, et amis... Quelques souvenirs me
reviennent.Vincente de dire souvent: « Je suis du Quercy, je suis attachée à mon prénom Vincente que j'ai francisé...».
Républicaine espagnole, originaire de
l'Aragon, exilée, elle trouve refuge en France en 1939. Elle était ô
combien sensible aux mots liberté et espoir forgés dans les luttes
émancipatrices, celles du commun combat de la Résistance contre les
fascismes et pour la Libération des peuples. Elle qui aimait chanter,
se montrait sensible à la voix de Jean Ferrat, au poème « Liberté »
(« Je suis né pour te connaître pour te nommer liberté. »), au « Chant
des Partisans » (« Amis entends-tu ...? »).
Elle éprouvait toujours une grande joie lors des rencontres avec ses
amis. Ceux de l'amicale des anciens combattants de la Pointe de Grave,
de l'association de son hameau à Saint-Aureil, de Républicains
espagnols résidant dans le Quercy, notamment depuis 2005 grâce aux
initiatives du groupe de parole Carmela (basé à la MJC de Cahors) qui
développe un travail visant à enrichir la connaissance de notre
histoire et à la transmettre, et de MER-82.
Lors de cérémonies officielles, tel le 8-Mai, avec ses amis et
camarades, elle avait à cœur de fleurir le monument aux morts de son
village. Elle en avait pris l'initiative encore cette année.
Ô combien la République lui tenait à cœur, mot inscrit en caractère
gras à la une du numéro de l'automne 1945 du journal « Notre Quercy »
qu'elle avait conservé souhaitant l'offrir à la fédération du Lot du
Parti communiste. Ce qui sera fait. Déjà en 2009 sur sa proposition le
comité lotois des Amis de l'Humanité en faisait une réédition dont les
exemplaires sont mis en souscription pour soutenir « l'Humanité ». La
lecture du journal de Jean-Jaurès et de « La Terre » accompagnera son
apprentissage de la langue française.
Castelnau-Montratier l'accueillait en 1939 où elle retrouvait alors
sa sœur aînée Maria, vivante, dont elle était alors sans nouvelle depuis
des semaines. «(...) Il pleut sur cette route venant d'Espagne...
sur la foule... des femmes, des enfants. On ne les entend pas. Ils sont
assis sur leurs hardes ou debout et ils attendent un train qui viendra
on ne sait quand et qui partira on ne sait où. (...)»
(Extraits de Elsa Triolet-Aragon, L'œuvre poétique Tome IX. 1939-1942,
p.12). Ce fut un immense bonheur pour elle qui vivait alors dans la
tourmente de l'exode. Comme elle, Maria avait été contrainte de fuir
Barcelone le 23 janvier 1939, juste quelques heures auparavant, face aux
avancées des armées de Franco soutenues par les fascismes coalisés.
Vincente, alors âgée de 20 ans, aura vécu dans tout son être l'exode
sur les chemins de la Retirada, et au cours de l'exil, affrontant les
conditions souvent effroyables que connurent des centaines de milliers
de personnes face à la barbarie, à la bête immonde.
« Retirada » est le nom retenu par des historiens
pour caractériser cette période. Il est aussi celui d'un tableau peint
en janvier 2009 par Vilardell, exposé pour la première fois à la Maison
Jacob à Castelnau-Montratier, en juin 2009. Vincente en avait fait
aussitôt l'acquisition avec ses camarades du Parti communiste Français,
souhaitant par-là que ce tableau puisse être exposé, accompagné de
quelques explications historiques. Ce qui se fit, devenue itinérante
l'œuvre aura-t-elle été exposée dans plusieurs espaces dédiés à la
culture. Durant tout ce printemps il était accueilli et exposé au Musée
de la Résistance à Cahors.
Vincente aimait à rappeler: « Je me suis mariée à
Castelnau-Montratier avec Milou (le 22 janvier 1945) peu avant la
Victoire du 8 mai 1945. De notre union naîtra quatre filles. Toutes
attachées à nos valeurs d'humanité et fières, comme je le suis
moi-même, de l'engagement de leur père dans la Résistance. Précisément
dans les maquis qui s'étaient formés dans le Quercy blanc au début des
années 1940. Au lendemain de la Libération du Lot Milou se portait
volontaire pour poursuivre le commun combat à la Pointe de Grave pour
libérer les peuples du fascisme ».
Au lendemain de la Libération, Vincente épouse Emile (dit « Milou »)
Sabatié, paysan, combattant de la Résistance dans les maquis à
Castelnau-Montratier et qui fit le choix à la Libération de poursuivre
son engagement comme soldat volontaire dans les combats libérateurs des
peuples contre l'armée allemande repliée à la Pointe de Grave.
Henri Thamier, élu député (PCF) du Lot à l'automne 1945 (le groupe
communiste à l'Assemblée Nationale était alors formé de 152
représentants), lui rend hommage dans son livre « Le Rouge et le Cœur »
(1988): « Castelnau-Montratier connaît et estime Emile Sabatié,
notre « Milou », sans Tintin. Militant exemplaire, il a gagné la
considération affectueuse de ses compatriotes. Il a su conserver intacte
l'influence de notre parti (le PCF), malgré les vicissitudes et les
difficultés... ».
Lors du 1ier Festival des mémoires à Cahors, Vincente participa avec
la peinture « Retirada (2009) ». Ainsi la création artistique
contribuait-elle au nécessaire travail de mémoire. « Je m'en réjouis »,
disait-elle. « Regardez cette toile, ces couleurs sang et or de la
Catalogne mêlées à celles de la République espagnole. Elles ont le vif
éclat des combats de la Résistance et de la liberté. Ces couleurs-là
nous accompagnaient quand, franchissant à pied les Pyrénées, nous
foulions les chemins sous les mitrailles et les morsures du froid, des
couleurs d'espoir et de Paix qui flamboient toujours dans nos cœurs et
nos têtes! ». Elle figurait aussi dans l'exposition « Portraits de
Mémoire » de la photographe Sylvie Neveu.
Toute sa vie, jusqu'à son dernier souffle, Vincente aura fait sienne
la belle expression de Lucie Aubrac: « Résister est un verbe qui doit
toujours se conjuguer au présent ».
J V.